Surpopulation, violences, jeunes « abîmés par la précarité »… L’Observatoire des prisons dénonce le « désastre » de l’incarcération des mineurs en France

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Por Tom Demars-GranjaL'Humanité

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La section française de l’Observatoire international des prisons a dévoilé, mardi 22 septembre, le fruit d’un an d’enquête au sein du système d’incarcération des mineurs. En résulte un rapport qui démontre la violence institutionnelle dont sont victimes des adolescents déjà « abîmés par les précarités ».

En une décision administrative, Yannick Deslandes a été placé avec « 200 gamins », dans un foyer situé en banlieue parisienne. « Après y être arrivé, j’étais en fugue toutes les semaines », se souvient-il. L’adolescent est rapidement placé dans un foyer de jeunes primo-délinquants, où il « commence ses premières conneries, ses premiers vols ». Puis dans un troisième foyer où il a été impliqué, en un mois, dans huit affaires judiciaires. « Après, j’ai entamé un tour de France des prisons, forcément », résume-t-il. Il a été incarcéré au centre de jeunes détenus (CJD) de Fresnes dès ses 16 ans.

Loin d’être un cas isolé, Yannick Deslandes est représentatif des violences exercées sur des jeunes déjà « abîmés par les précarités » financières, physiques, familiales ou scolaires. La section française de l’Observatoire international des prisons (OIP-SF) dévoile, mardi 22 septembre, les rouages de ce processus discriminatoire dans un rapport ayant demandé près d’un an d’enquête, intitulé « Adolescence emprisonnée, le désastre de la réponse carcérale ».

« Nous faisons face à une volonté politique de punir et incarcérer davantage les adolescents, résume Jean-Claude Mas, directeur de la section française de l’OIP. Il fallait documenter les conséquences de leurs emprisonnements. »

Le premier constat de l’OIP est que la « promesse de rupture » – à savoir que les établissements pour mineurs (EPM) ne devaient pas ressembler à des prisons – n’a pas été tenue. « Ils ont très rapidement été dotés de grillages, de portes, de panneaux occultants », alerte Pauline Petitot, membre du pôle investigation de l’OIP.

En France, près de 3 000 adolescents sont incarcérés chaque année, au sein de l’un des 41 quartiers mineurs (QM) et six EPM. Si ces derniers hébergent une majorité de jeunes âgés de 16 et 17 ans, l’OIP a remarqué un rajeunissement de l’âge moyen : au 1er janvier 2026, les 13-15 ans constituaient 12,1 % de l’effectif total, contre 8,6 % au 1er janvier 2023. Au total, 817 jeunes étaient incarcérés au 1er août 2026.

Des établissements affichent des taux d’occupation de 50 à 80 %, tandis que d’autres qui avoisinent ou dépassent les 100 %. « La surpopulation carcérale en quartier mineurs est même devenue la norme dans les centres pénitentiaires de Remire-Montjoly (Guyane) et de Baie-Mahault (Guadeloupe) », alerte l’OIP. L’État français, lui, préfère déplacer le problème.

« L’administration organise des transferts de désencombrement, fustige Odile Macchi. L’adolescent est coupé de tout lien avec les encadrants. » Et ce dans une période fondamentale pour les adolescents.

Or, « l’incarcération marque toujours une rupture avec la société », résume Julie Houdan, psychologue pour la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) en Île-de-France. « Le rapport au corps est encellulé, les liens avec la famille sont coupés, énumère-t-elle. Il est impossible de grandir en prison. »

Censée être l’un des axes majeurs de réinsertion, l’éducation meurt à petit feu. La prise en charge doit, officiellement, être de douze heures dans les QM et de vingt heures dans les EPM. Dans les faits, « elle tend à s’amenuiser, avec des volumes toujours plus faibles et une offre indigente », alerte Odile Macchi, membre du pôle investigation de l’OIP.

Le vide s’impose au quotidien dans les salles collectives, les adolescents restent dans leurs cellules pendant les vacances scolaires et le week-end, les repas en collectif sont rares. « À Nanterre, en 2023, les adolescents passaient 19 à 20 jours par mois en cellule et à Marseille, les jeunes ont subi des périodes de confinement à cause d’un manque de surveillants », rapporte l’OIP. Plus de la moitié des jeunes incarcérés ne reçoit aucune visite.

En résulte une mise à mort de la socialisation et de la réinsertion. Les surveillants, eux, ont pris pour habitude de confronter les mineurs incarcérés à la force, avec des interventions violentes similaires à celles réservées aux adultes. Le tout avec des logiques sécuritaires – séparer les adolescents, réduire la taille des groupes, isoler les « plus problématiques » – qui l’emportent sur la prise en charge des enfants.

Entre 2016 et 2021, le taux de récidive a oscillé entre 63 et 69 %. En réaction à ces résultats alarmants, l’OIP en appelle à un changement structurel : la fin de l’enfermement pour tous les mineurs.

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