« C’est face aux injustices que je deviens indocile » : pour la rentrée, Sandrine Bonnaire endosse deux nouveaux rôles engagés
Por Samuel Gleyze-Esteban — L'Humanité
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Au théâtre, elle redonne vie au monologue troublé de Sarah Kane dans « 4.48 Psychose », tandis qu’au cinéma, elle endosse le rôle de la psychiatre Muriel Salmona, spécialisée dans la prise en charge des violences sexuelles. Prenant à bras-le-corps des histoires de violences qu’elle connaît bien, cette figure incontournable du cinéma français brille et incarne, à 59 ans, les engagements de sa vie.
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Lorsqu’on la retrouve devant le Théâtre de l’Atelier, à Montmartre, c’est d’abord le grand sourire de Sandrine Bonnaire qui accroche. Un sourire de cinéma, immortalisé par les plus grands, de Rivette à Varda, et un sourire bienveillant à la fois, celui d’une actrice qui n’a jamais oublié ses débuts, fille d’ouvrier propulsée à 15 ans dans un monde dont elle ne maîtrisait pas les codes par À nos amours de Pialat.
Cet automne, une continuité discrète lie la double actualité de l’actrice. En salles, Le Monde à l’endroit de Sylvie Meyer la voit endosser, dans un dispositif expérimental, le rôle de la psychiatre Muriel Salmona, pionnière dans la reconnaissance des mécanismes de mémoire traumatique qu’entraînent les violences sexistes et sexuelles. Le rôle a du sens pour celle qui a témoigné, à plusieurs reprises, des violences conjugales qu’elle a elle-même subies.
Simultanément, sur les planches, la comédienne poursuit une collaboration avec Jacques Osinski entamée il y a deux ans avec L’Amante anglaise de Duras, où elle brillait et troublait dans le rôle d’une criminelle aux motifs flous. Le duo s’empare désormais de 4.48 Psychose de Sarah Kane, monument du théâtre de la fin du XX e siècle, monologue heurté écrit par l’autrice britannique quelques semaines avant son suicide. Elle en est persuadée : l’autrice, elle aussi, avait subi des violences.
On dit que 4.48 Psychose est un texte sur la folie. S’agit-il vraiment de cela ?
Sandrine Bonnaire
Actrice
C’est un texte sur la prise en charge psychiatrique, et c’est aussi un texte sur l’absolu. Sarah Kane y décrit une quête d’existence absolue. Elle dit : « Ceci est la maladie, accéder à l’immense ». Pour moi, cette phrase résume toute la pièce. Lorsqu’elle l’écrit, elle est elle-même dans une quête. Il y a quelque chose de très romantique, elle rêve d’un amour qu’elle n’a pas encore trouvé, elle s’en invente un – qui est d’ailleurs une femme.
Pour autant, elle ne se considère pas comme malade. Elle est déprimée, ça, c’est sûr. Mais la psychiatrie la ramène à une maladie à laquelle elle ne croit pas, et par conséquent à la médication, à l’enfermement… Ces choses-là ne donnent aucune réponse à ce qu’elle est : quelqu’un de marginal, d’indocile.
En même temps, elle dit à son…
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Fonte: L'Humanité