Aux États-Unis, un viol collectif à l’université Cornell puni par… Une dissertation

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Por Margot Bonnéry — L'Humanité

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Une ancienne étudiante de Cornell, dans l’État de New York, accuse sept hommes de l’avoir droguée et violée en octobre 2024 dans les locaux d’une confrérie étudiante 100 % masculine. La victime a porté plainte contre eux et contre l’université qui ne l’aurait pas protégée. L’affaire prend de l’ampleur aux États-Unis sur les réseaux après le dépôt d’une nouvelle plainte qui remet en question la gestion initiale de l’affaire.

Elle dit avoir subi un viol de plusieurs heures par des étudiants, protégés par le silence assourdissant de leur établissement. Ce récit tragique et sordide est celui d’une femme surnommée « Jane Doe », l’équivalent de « Madame X » en français.

Lundi 28 septembre, une enquête a été rouverte après que cette ancienne élève de la prestigieuse université de Cornell, dans l’État de New York, ait déposé une nouvelle plainte à l’encontre de sept étudiants et de son université. La jeune femme y demande des dommages et intérêts à l’établissement universitaire pour ne pas avoir su la protéger.

En octobre 2024, « Jane Doe » avait 20 ans. C’est à ce moment-là qu’elle aurait été droguée et violée lors d’une soirée organisée par la fraternité Chi Phi. Ce club du campus, 100 % masculin, est réputé pour abriter une communauté aux relents masculinistes.

Alors qu’elle sortait d’une boîte de nuit avec ses camarades de classe, « Jane Doe » aurait rejoint une amie au club Chi Phi. C’est là que deux des membres l’auraient forcée à consommer de la kétamine. Elle accuse Matthew I., Jonathan N., Winston L., Gillio L., Diego S., Scott N. et Scott K. de l’avoir ensuite agressée sexuellement.

Soumission chimique : une qualification pénale insuffisante

Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, a précisé que le premier signalement n’avait pas abouti à des poursuites, car « Jane Doe » n’aurait pas exprimé son non-consentement. Une remarque ubuesque, remettant en question la définition même d’un viol.

La nouvelle plainte, un dossier de 101 pages déposé en septembre, contient de nouveaux éléments : la jeune femme affirme que d’autres membres de Chi Phi auraient été invités à participer au viol collectif par l’intermédiaire d’une conversation de groupe sur le réseau Snapchat.

L’université de Cornell assure avoir mené une enquête disciplinaire et imposé des sanctions telles que des exclusions temporaires. Sur les sept garçons accusés, la direction en aurait exclu deux, les autres écopant d’une dissertation. « J’ai du mal à comprendre comment une enquête criminelle approfondie a pu être menée alors que « Jane Doe » n’a jamais parlé à personne d’autre qu’à l’agent qui avait recueilli sa plainte initiale », a réagi l’avocat de l’ancienne étudiante.

« Ce que j’ai vécu de la part de ceux qui m’ont violée dans la fraternité a été la pire expérience de ma vie », raconte Jane Doe à CNN. Je veux me remettre de ce traumatisme, mais c’est extrêmement difficile. Cela affecte tous les aspects de ma vie. Cela me hantera pour toujours ».

Le journal indépendant québécois Le Devoir explique que le soutien qu’elle a reçu sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, a été majeur dans la réouverture de l’enquête. « Il y a des milliers et des milliers de publications qui commentent l’affaire, notamment toute la sphère de TikTok féministe, mais pas que. J’ai vu aussi plusieurs témoignages d’hommes complètement dépassés, dégoûtés », raconte Mélanie Millette, professeure au Département de communication sociale et publique à l’Université de Québec à Montréal.

L’affaire a pris une proportion telle que plusieurs personnalités publiques ont réagi sur les réseaux : l’actrice britannique Florence Pugh (Dune 2, Midsommar, Black Widow, Oppenheimer) a appelé les hommes à prendre la parole : « C’est vraiment dans ces moments-là que nous avons besoin que vous soyez aussi horrifiés et révoltés que nous », a-t-elle écrit sur Instagram le 28 septembre. Elle poursuit : « Comment pouvez-vous espérer que nous croyions à la phrase « pas tous les hommes » (« Not all men »), alors que, dans des moments comme celui-ci, beaucoup d’entre vous restez silencieux ? »

Ce que le patriarcat voudrait banaliser, invisibiliser ou réprimer, nous tenons à le documenter : les violences sexistes et sexuelles, les inégalités de salaire, les droits attaqués, les luttes féministes. Les vies bouleversées et les résistances collectives.

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