Florian Louis et Nicolas Beaupré : « L’impérialisme est le stade suprême de l’État »
Por Nicolas Mathey — L'Humanité
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Dans l’imposante « Histoire mondiale des impérialismes » qu’ils codirigent, Nicolas Beaupré et Florian Louis analysent les variations et les évolutions contemporaines des empires et des impérialismes.
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Trump avec le Canada, le Venezuela et le Groenland, Poutine avec l’Ukraine, Xi Jinping avec Taïwan et le Tibet… Au mépris du droit international et à rebours des idéaux supranationaux, le retour des impérialismes et des empires marque l’emprise actuelle des États voyous et de dirigeants brutaux et autocrates.
Quatre ans après leur Histoire mondiale du XX e siècle et l’invasion de l’Ukraine, les deux historiens Nicolas Beaupré et Florian Louis coordonnent Histoire mondiale des impérialismes (PUF), une somme passionnante de près de 1 500 pages qui rassemble plus de 60 contributions.
Y sont interrogées les convergences et les différences de formes et de dynamiques géopolitiques depuis le XIX e siècle, allant des empires occidentaux aux impérialismes moins connus : omanais, chinois, iranien… Les anti-impérialismes y trouvent leur place, tout comme les résistances socialistes et marxistes.
Florian Louis : L’impérialisme est une pratique politique, l’empire la forme d’organisation institutionnelle qui en découle. Les deux sont aussi vieux que la politique elle-même. Nous proposons une définition capable d’englober l’ensemble de leurs manifestations : un empire est un État de grande taille, mû par une dynamique d’expansion et de conquêtes territoriales, qui se traduit par l’hétérogénéité de ses populations et l’asymétrie des rapports entre elles, ce qui implique l’exercice d’une coercition.
Nicolas Beaupré : Ce qui distingue les empires contemporains, c’est le contexte qui correspond à l’apparition de nouveaux types d’État et de nouvelles idéologies (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, socialisme) qui ont en commun de remettre en cause les impérialismes.
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Le XIXe siècle est à la fois le siècle du concert des nations et celui du bal des empires. Le nationalisme peut contester l’ordre impérial, mais il peut aussi, de manière paradoxale, alimenter l’impérialisme, comme avec l’Allemagne qui se construit à la fin du XIXe siècle comme nation et comme empire, en…
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