Théorie raciste du « grand remplacement » : à quoi joue Aurore Bergé ?
Por Julia Hamlaoui — L'Humanité
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La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a refusé à plusieurs reprises de qualifier de raciste la théorie complotiste du « grand remplacement ». Une nouvelle étape dans la banalisation des concepts d’extrême droite par le pouvoir. De quoi soulever un tollé, même dans les rangs de la macronie.
Après Valérie Pécresse et les termes « grand remplacement » lâchés en meeting, Emmanuel Macron et la « décivilisation », ou encore François Bayrou et la « submersion migratoire »… La droite n’en a pas fini avec la banalisation des concepts d’extrême droite. Cette fois, c’est la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations (!) qui s’y est collée.
Interrogée mercredi 9 septembre sur CNews pour savoir si la théorie complotiste de l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus (à savoir celle d’une conquête de l’Europe par les populations immigrées) était selon elle raciste, Aurore Bergé a d’abord tenté de botter en touche avant de lâcher : « Non, je ne pense pas que ce soit une théorie… », laissant sa phrase en suspens avant d’assurer la « combattre » et de la juger « fausse factuellement ».
Rebelote sur France Info le lendemain : « Je crois que le ranger sur le caractère raciste voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre. Moi, je préfère combattre », a argué la ministre. Reprenant un argument cher à Donald Trump comme à toute l’internationale brune pour légitimer leur discours de haine, elle a également plaidé que ce sujet « fait partie de la liberté d’expression ».
Une ligne de défense des plus douteuses qu’elle a réitérée plus tard dans l’après-midi. « De la même manière que je ne plie pas aux théories fausses et mensongères de l’extrême droite, je ne plie pas non plus aux injonctions de l’extrême gauche qui considèrent que le débat public veut dire la censure du débat public », a-t-elle affirmé en conférence de presse après le Conseil des ministres, en estimant que cette théorie « ne tombait pas sous le coup de la loi ».
« Grand remplacement », aux origines d’une théorie raciste
Si certain de ses collègues du gouvernement ont pris sa défense – à l’instar de Maud Bregeon déplorant un « bien mauvais procès » -, ses propos ont suscité un tollé jusque dans les rangs de la macronie. « Hein ? Aurore Bergé, tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? Le racisme est un DÉLIT », l’a taclé sur X la députée Renaissance Prisca Thevenot. Et d’ajouter : « Le ”grand remplacement” n’est pas un débat : c’est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes ».
Ce qui a valu à l’ex ministre le soutien du coordinateur de… la France insoumise. « C’est rare. Mais, sur ce coup, Prisca Thevenot a totalement raison. Comment Mme Bergé peut-elle rester ministre des discriminations en disant que le grand remplacement n’est pas une théorie raciste ? », a réagi Manuel Bompard sur le même réseau social.
« La ministre chargée de la lutte contre les discriminations explique tranquillement qu’il est légitime de débattre d’une théorie raciste qui a servi d’inspiration à plusieurs terroristes d’extrême droite, a également fustigé Ian Brossat, sénateur PCF et directeur de la campagne présidentielle de Fabien Roussel. Le racisme est un délit. La ministre est-elle au courant ? » Apparemment, non.
C’est pied à pied, argument contre argument qu’il faut combattre l’extrême droite. Et c’est ce que nous faisons chaque jour dans l’Humanité.
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