Mort de Ramy Elgaml à Milan : la version des policiers contredite par une reconstitution 3D d’Index
Por Simon Guichard — L'Humanité
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Une reconstitution en trois dimensions menée par l’ONG Index éclaire d’un jour nouveau les circonstances de la mort de Ramy Elgaml, un jeune égyptien tué par la police en tentant d’échapper à un contrôle routier, à Milan, en 2024. Ces nouveaux éléments fragilisent la défense des policiers, alors que leur procès doit débuter dans dix jours.
La reconstitution 3D au service de la vérité. Ce lundi 14 septembre, les avocats de la famille de Ramy Elgaml ont remis à la justice italienne un rapport de l’ONG Index, spécialisée dans l’analyse forensique, éclaircissant les circonstances exactes de la mort de ce jeune égyptien de 19 ans, tué par la police milanaise après une course-poursuite en novembre 2024.
À l’époque, la mort de Ramy avait déclenché une vague d’émotion et de révolte dans le quartier populaire de Corvetto, où il vivait avec sa fiancée, Nada. Peu après la mort du jeune homme, elle partageait sa douleur dans les colonnes de l’Humanité et promettait de se battre pour faire éclater la vérité dans cette affaire.
C’est dans le cadre de cette démarche qu’Index a été sollicité. Depuis 2020, le travail de cette ONG a permis de contrecarrer les versions officielles dans plusieurs affaires de violences policières.
En partenariat avec le quotidien transalpin Il Manifesto, l’Humanité dévoile ces nouveaux éléments, mettant sérieusement à mal le récit des policiers impliqués dans la mort de Ramy.
Dans la nuit du 24 novembre 2024, peu avant quatre heures du matin, Fares Bouzidi et Ramy Elgaml prennent la fuite à scooter lors d’un contrôle de police. Les carabiniers les prennent en chasse. Poursuivis par plusieurs voitures, les deux hommes et leur T-Max sont percutés une première fois à 3 h 58.
« Putain, il est pas tombé ! », regrette le policier au volant lors de cet impact, enregistré par la caméra embarquée de son véhicule.
La course-poursuite s’étire encore quelques minutes, avec des pointes à plus de 100 km/h. À 4 h 03, le scooter et la voiture de police à ses trousses déboulent à contresens rue Ripamonti, dans le sud de la ville. Deux caméras de surveillance situées au carrefour de la rue Bernardo Quaranta capturent les derniers instants avant le choc mortel.
La reconstitution d’Index montre que la voiture des Carabiniers a dévié vers la gauche, sur la trajectoire du scooter. Après un impact probable sur le côté droit du deux-roues, Fares Bouzidi perd le contrôle du véhicule, terminant sa course dans un feu de signalisation. Ramy Elgaml tombe. La voiture de police, incapable de ralentir, lui roule dessus et le blesse mortellement.
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Au moment de l’impact, un passant assiste à toute la scène et filme l’accident, comme le montrent les images captées par la vidéosurveillance. La dashcam d’une voiture de police arrivée peu de temps après sur les lieux capture ensuite deux Carabiniers en train d’intimider ce témoin, avant de le forcer à supprimer la vidéo de son téléphone. Sept longues minutes s’écoulent avant que les agents n’appellent les secours.
Jusqu’à présent, la défense des policiers affirmait que leur voiture n’avait jamais percuté le scooter et qu’ils avaient fait tout leur possible pour éviter les deux hommes et leur véhicule.
Pour cela, ils avaient commandité une expertise technique censée prouver leur innocence, attribuant la perte de contrôle du deux-roues à sa vitesse excessive. « Notre travail vient démonter totalement cette version des faits », affirme l’analyste d’Index Filippo Ortona, co-auteur du rapport.
Le sort des policiers impliqués dans la mort de Ramy Elgaml se jouera à partir du 24 septembre prochain, lors d’une audience préliminaire devant le tribunal de Milan. Le carabinier au volant du véhicule ayant percuté Ramy est renvoyé pour homicide routier avec « excès coupable dans l’accomplissement d’un devoir », six de ses collègues sont poursuivis pour « faux en écriture publique, fraude et entrave à la justice ».
Révéler ce que les puissants veulent laisser dans l’ombre demande du temps, des journalistes aguerri.es, des déplacements, des documents à recouper, des sources à protéger, parfois des mois de travail avant publication.
À l’Humanité, nous voulons renforcer encore ce journalisme d’enquête, celui qui met au jour les abus de pouvoir, les violences sociales, les atteintes aux droits. Parce que nous vous le devons. Et parce que nous savons que cela a de l’impact.
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Fonte: L'Humanité