inoreader-1789462843587

Por Patrick Le HyaricL'Humanité

En ce moment

Le désastre se fait en général processus. Il peut être lent, mûrissant dans les replis des indifférences, des aveuglements, des compromissions, des renoncements et des capitulations. L’ivresse des certitudes, les éléments de langage recrachés et le confort intellectuel le dissimulent souvent.

Ainsi, le chancelier allemand Friedrich Merz avait promis de diviser par deux le score de l’AfD (Alternative für Deutschland), ce parti qui se réclame de la fange nazie. Il a finalement réussi l’exploit de diviser par deux les résultats de… sa propre formation politique.

S’il vient de se déclarer « choqué » par la poussée électorale de l’extrême droite en Saxe-Anhalt, il ne l’est pas au point de rompre avec sa politique d’austérité et de militarisation. Non, il entend la mener à son terme.

Mais, à l’instar de ces droitiers politiciens qui n’ont cure des souffrances des travailleuses et des travailleurs, il feint de croire qu’il ne s’agirait que d’un problème de communication : il le fera donc avec « plus de pédagogie ». Les mêmes causes produisant immanquablement les mêmes effets, cet homme prépare, du haut de sa superbe et de son air hautain, le retour du fascisme en Europe.

Il n’est pas seul. Les irresponsables organisent le covoiturage. Début novembre 2023, son prédécesseur Olaf Scholz empruntait déjà la rhétorique xénophobe en affirmant : « Nous devons enfin expulser à grande échelle ceux qui n’ont pas le droit de rester en Allemagne. »

Quelques mois plus tard, après avoir décrété une dissolution chaotique et rejeté l’évidence d’un front républicain, Emmanuel Macron qualifiait, le 18 juin 2024 — en marge des commémorations de l’appel du général de Gaulle à l’Île-de-Sein —, le Nouveau Front Populaire de « totalement immigrationniste ».

Depuis lors, on ne compte plus les décisions et les lois directement puisées dans la besace trouée de l’extrême droite, pour être appliquées avant même qu’elle n’accède au pouvoir.

Qu’il s’agisse des lois dites « contre le séparatisme », de l’instauration d’une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, ou de cette loi immigration saluée comme un triomphe idéologique historique par le Rassemblement National ; qu’il s’agisse de la loi de programmation militaire, du rejet méprisant de la taxe sur les super-riches, du refus obstiné d’augmenter le SMIC, du retour empoisonné des pesticides dans nos sillons, ou encore de ces votes infâmes sur les « hubs de retour » au Parlement européen — partout, le bulletin de vote de l’extrême droite se dissout comme un sucre amer dans la déchéance des droites et d’une macronie déclinante. Cette dernière, en pleine mutation servile, s’est fait le paveur zélé de la voie sacrée sur laquelle s’avance le désastre.

Tout est mis en œuvre pour que les parlementaires du RN/FN trouvent un nid douillet au cœur du lit de plume que les raboteurs de la République feignent encore de nommer « l’arc républicain » — cet enclos factice dont a été brutalement éjectée la gauche de transformation sociale et écologique.

Ce sordide dispositif s’articule avec une implacable machine à confusion, un automate sémantique qui ressasse à satiété ses catéchismes de la « responsabilité », du « raisonnable » et du « nécessaire compromis », tout en vouant aux gémonies les travailleurs en lutte, travestis par la bien pensance au service des grands propriétaires en vulgaires « preneurs d’otages ».

C’est ainsi que les mots et les concepts s’installent, sournois, comme les barreaux de la courte échelle vers l’abîme. Les connivences aussi ! Ensemble, le pouvoir et l’extrême droite font pression pour expliquer qu’il « faut un budget à la France ». Lequel ? Évidemment un budget taillé sur mesure pour les plus fortunés.

Une piètre et sinistre ministre, déshonorant la charge d’un portefeuille censé fustiger le racisme, a osé prétendre que l’odieux concept du « grand remplacement » échappait à l’infamie xénophobe, et que souffler sur ces braises fascistes pour appeler à leur embrasement relevait de la simple liberté d’expression. C’est absoudre, d’un trait de plume, une théorie complotiste dont l’artificier en chef a pourtant été, à maintes reprises, flétri et condamné par les tribunaux de la République.

Mais le grand complexe médiatico-politique ne recule devant aucun ravalement de façade. Qu’importe que des agents de la police municipale de Carcassonne — par ailleurs sbires avérés du service d’ordre du Rassemblement National — éructent des tas d’immondices de paroles racistes, sexistes et homophobes : la machine à blanchir en fait aussitôt de commodes « brebis galeuses », paratonnerres dérisoires destinés à masquer la matrice idéologique du parti d’extrême droite. C’est ce même zèle amnésique qui s’est employé à repeindre le RN/FN en force respectable sous prétexte d’un divorce de façade avec les néonazis allemands à Strasbourg. Imposture que voilà ! Derrière le vernis des convenances et dans le secret des pupitres de l’hémicycle européen, la réalité crue, éclate : le parti de Bardella et Le Pen épouse et vote près de 90 % des amendements dictés par l’AfD.

Le couronnement de cette déchéance est venu d’en haut, offert sur un plateau d’argent par le Premier ministre lui-même. On l’a vu s’agiter tout l’été, mendiant auprès des banques pour que soit octroyé à Marine Le Pen le nerf de sa prochaine guerre électorale. Qu’importe que la candidate traîne le boulet d’une condamnation pour détournement de fonds publics ; pour l’hôte de Matignon, la probité n’est qu’une vétille et le droit un détail de l’histoire.

L’historien Robert Paxton, scrutant les mécanismes du siècle passé, nous prévient pourtant : « Les fascistes sont proches du pouvoir lorsque les conservateurs commencent à leur emprunter leurs méthodes. »

C’est ce vertige qui saisit le monde en cette fin d’été. Le fascisme avance masqué, drapé dans de nouveaux oripeaux, mais le poison demeure identique.

Chassons de nos esprits l’illusion d’une immunité : le grand capital, étranglé par ses propres et insolubles contradictions, réclame ce sauveur, cette assurance-vie qui peut lui faire gagner quelques années encore. C’est pour cela que la récidive peut exister ! Le, processus est entamée aux États-Unis, en Argentine, en Italie et ailleurs.

Les puissances industrielles et financières ont besoin de dissoudre la politique au sens de délibération publique. Ce fut net lors des universités d’été du Medef, transformées en tribunal contre les conquis sociaux et démocratiques, contre la réévaluation des salaires, la meute patronale se faisant agressive pour défendre les privilèges. Le capital s’appuie sur les extrêmes droites pour pousser une nouvelle logique interne au sein des pays et à l’échelle mondiale : verticalité absolue du pouvoir, culte du chef, destruction des normes sociales et environnementales, suppression totale de la fiscalité sur le capital. La bataille culturelle de la réaction s’appuie sur le fantasme d’un passé mythifié, l’instrumentalisation d’angoisses multiples, une rhétorique sécuritaire et la restauration de l’hégémonie vacillante de figures traditionnelles, telles que le patron, l’homme blanc ou le producteur.

Dans un contexte où les vieilles solutions néolibérales ne peuvent plus régénérer le capitalisme, où les « alternances » et les gouvernements de « compromis » échouent à répondre aux souffrances sociales, aux dénis démocratiques et aux bouleversements écologiques, et alors que la gauche est divisée et faible, les formations d’extrême droite sont jugées « neuves » par des millions de personnes — y compris par celles qui souffrent le plus du système.

De la Saxe-Anhalt à la France, du Royaume-Uni à l’Italie, jusqu’en Amérique Latine, le discours ultra-réactionnaire — porté par de nouveaux journaux, de nouvelles télévisions et de nouvelles constructions imaginaires — devient une marchandise aux apparences de nouveauté. La dictature des opinions, qui étouffe la démocratie, est défendue au nom du pluralisme. Le mensonge et les « vérités alternatives » deviennent des éléments majeurs de la conversation publique. Les croyances et les simplismes congédient la science. Le fétichisme technique des magnats de la Silicon Valley devient un trait constitutif d’un autoritarisme sans limites, sans morale et sans éthique.

Ce qui rend la situation extrêmement dangereuse, c’est la trajectoire même de la concentration du capital : son hubris, son avidité, sa voracité et son désir d’exploitation sans frein de l’ensemble du vivant et du non-vivant, imposant le règne absolu de la marchandise en déshumanisant tout sur son passage.

Au moment même où l’Allemagne se réarme, où le trumpisme et son colocataire le techno-fascisme se déchaîne, où le militarisme tient le haut du pavé, où l’atome guerrier se trouve banalisé, et alors que s’élèvent d’arrogants nationalismes et des guerres de territoires, les feux sombres d’un retour au pire s’allument les uns après les autres.

Il y a urgence à déchiffrer ces signaux, à les combattre pied à pied. Les nombreuses mobilisations en préparation pour ce mois de septembre vont y aider.

Aucun progressiste, aucun humaniste, aucun démocrate ne peut plus se satisfaire de querelles subalternes qui divisent, affaiblissent le mouvement ouvrier et parsèment d’embûches le chemin de la jeunesse — alors que les projections électorales annoncent que la candidate du RN, fût-elle lestée d’un bracelet électronique, s’apprête à rassembler plus du tiers des suffrages dans six mois auxquelles il faut ajouter ceux de ses succursales.

« Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe », écrivait Walter Benjamin.

Ne l’oublions pas. Contre ceux qui pavent la voie du désastre : décrétons l’urgence du réveil. Des mouvements citoyens et sociaux qui se déploient en cette rentrée peuvent faire jaillir l’énergie sociale, progressiste et écologique, et faire naître de nouvelles lumières.

Aidez-nous à faire grandir ce rendez-vous et la lutte sociale, culturelle et antifasciste qu’il porte.

Je m’abonne

Les mots-clés associés à cet article

L’urgence du réveil

Retrouvez les rendez-vous précédents

Articles les plus lus dans cette rubrique

À Carcassonne, l’appel à « une vraie enquête » après la mort de Youssef, projeté au sol par un policier

Pourquoi LFI pourrait voir ses victoires électorales annulées à Vénissieux et Vaulx-en-Velin

« La fête est finie, mais le combat ne s’arrêtera pas » : la journaliste Nassira El Moaddem nous raconte sa Fête de l’Humanité

à lire aussi

Zemmour veut remplacer les immigrés par des robots

Politique

Publié le 14 septembre 2026

Présidentielle 2027 : Bétonner et expulser, Marine Le Pen détaille son projet pour le logement

Politique

Publié le 13 septembre 2026

« Marine Le Pen, c’est l’arnaque sociale du siècle » : le journaliste Pierre Joigneaux documente les aspirations des électeurs du RN

Politique

Publié le 11 septembre 2026

Nos Rubriques

Nos thèmes

Nos services

Fonte: L'Humanité

Deixe um comentário

O seu endereço de email não será publicado. Campos obrigatórios marcados com *