« L’extrême droite n’aime ni la culture ni la pensée » : le traducteur de Mein Kampf Olivier Mannoni s’inquiète de la montée du fascisme en France
Por Sophie Joubert — L'Humanité
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Pour le traducteur de l’allemand, auteur de La Pensée piétinée, les attaques réactionnaires contre la culture procèdent d’une volonté d’anéantissement du tissu culturel avec des méthodes qui relèvent du fascisme.
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Traducteur de l’allemand, Olivier Mannoni a consacré dix ans de sa vie à traduire Mein Kampf en vue de l’édition critique du texte d’Adolf Hitler, publiée en 2021 sous le titre Historiciser le mal. Cette expérience extrême lui a inspiré trois essais : Traduire Hitler, Coulée brune et La Pensée piétinée, qui vient de paraître, ce 8 octobre, aux éditions Héloïse d’Ormesson. Il y détaille, en établissant des parallèles entre les années 1930 et aujourd’hui, une volonté d’annihiler la culture, qu’il s’agisse du spectacle vivant, de la littérature ou du cinéma.
La Pensée piétinée fait suite à deux autres livres qu’on pourrait qualifier d’intervention. Pourquoi, depuis votre place de traducteur, avez-vous éprouvé le besoin d’intervenir dans le débat public ?
Olivier Mannoni
Traducteur et auteur
J’ai vu ressurgir depuis quelques années tout ce sur quoi j’avais travaillé pendant dix ans : la renaissance d’une langue, d’un vocabulaire, d’une technique de langage et donc de propagande que je connaissais par cœur, qui constituait le dernier chapitre de Traduire Hitler.
Quand on travaille sur cette période, on fait très attention à ne pas sombrer dans la paranoïa. Mais, à l’évidence, nous assistons à une montée très rapide, même plus dissimulée, d’idées qui remontent à l’extrême droite des années 1930, et pour partie au nazisme dans le vocabulaire et les idées.
C’est ce que j’ai essayé de développer dans Coulée brune en montrant que ce langage était en train de nous envahir très largement, au-delà même du discours traditionnel de l’extrême droite, qu’il était en train de s’infiltrer notamment dans le discours de la droite dite républicaine. Et dans le discours d’une certaine presse grand public, des chaînes d’information continue qui ont besoin de s’alimenter et ne font plus attention au langage qu’elles utilisent.
La Pensée piétinée, le troisième tome, est un constat final sur ce qui est en train de se cristalliser très clairement comme un projet de destruction sinon de la démocratie, du moins des structures culturelles qui permettent de l’entretenir….
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