Électricité et arme atomique : à Marcoule, l’histoire du double jeu du nucléaire français

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Por Michaël Mangeon,Mathias Roger — L'Humanité

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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France ambitionne de se lancer dans la production d’électricité nucléaire. Officiellement, il ne s’agit que de développer des applications strictement civiles, mais en haut lieu, le pouvoir met en place toutes les conditions propices à l’élaboration de l’arme atomique. Le 28 septembre 1956, le site de Marcoule produit ses premiers kilowattheures. Quatre ans plus tard, la France teste sa première bombe A.

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Le 28 septembre 1956, à Marcoule (Gard), le réacteur G1 produit les premiers kilowattheures d’électricité d’origine nucléaire de France. L’événement est célébré en grande pompe et fait la une des médias. Pourtant, derrière l’affiche alléchante se cache un paradoxe, car la puissance électrique générée ce jour-là reste très modeste, inférieure aux besoins propres de l’installation. L’essentiel est ailleurs. La mise en service de G1 amorce une transition vers une phase industrielle des expériences atomiques françaises et acte la volonté du pays de se doter, à terme, d’une arme atomique.

Ce tournant n’avait rien d’évident. Après la Libération, le programme nucléaire tient dans une entité – le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) – portée par un comité scientifique constitué de figures renommées : Lew Kowarski, Francis Perrin, mais aussi Irène et Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle. Dans une France en pleine reconstruction, les moyens sont limités et le programme ressemble à un projet de laboratoire déployé aux portes de Paris, à Fontenay-aux-Roses.

Au tournant des années 1950, un premier changement d’échelle s’opère sur le plateau de Saclay, dans le « petit Versailles de l’atome », où les scientifiques mettent sur pied plusieurs réacteurs de recherche. Cette montée en puissance suscite une première mobilisation des élus et populations locales, vite apaisées par la figure tutélaire du haut-commissaire Frédéric Joliot-Curie. Tête de proue d’un mouvement international contre le développement des armes atomiques, il rassure par sa présence. Sous sa houlette, Saclay n’est pas un site militaire et le…

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