Défendre l’antifascisme : pas d’extradition pour Gino
Por Diego Chauvet — L'Humanité
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Menacé d’être remis à l’Allemagne après avoir déjà échappé à une extradition vers la Hongrie, l’antifasciste Gino Abazaj risque une très lourde peine de prison pour des échauffourées lors d’un rassemblement de néonazis à Budapest en 2023. Alors que la Cour de cassation doit se prononcer le 30 septembre, les signataires de cette tribune dénoncent un acharnement judiciaire contre les militants antifascistes et appellent la France à refuser son extradition.
Déclaration commune d’auteur· ices, d’artistes, de scientifiques et de personnalités politiques de France, d’Italie, d’Allemagne, des États-Unis et d’autres pays.
Partout dans le monde, nous assistons à la montée de l’extrême droite. Des partis autoritaires remportent les élections et accèdent au pouvoir. En février 2023, comme depuis plusieurs années, des néonazis de toute l’Europe s’étaient réunis à Budapest pour commémorer la SS.
Les participants défilèrent en uniformes, arborant ouvertement des symboles nazis. Comme chaque année, des antifascistes de plusieurs pays manifestaient contre cet événement.
À la suite d’accrochages et d’agressions en marge de cette commémoration, une vague de mesures répressives transfrontalières à l’encontre des antifascistes a été déclenchée. Ils sont menacés de peines de prison très lourdes, sans aucune commune mesure avec les faits reprochés.
« La France ne doit pas se rendre complice d’une vengeance de la Hongrie », alertent les soutiens de « Gino » Abazaj
Gino est notamment accusé d’avoir infligé à des néonazis des blessures ayant entraîné moins de huit jours d’incapacité de travail, mais il risque 24 ans de prison. Ce décalage entre l’infraction présumée et la peine encourue doit nous alarmer.
Gino a trouvé refuge en France il y a près de deux ans. En 2025, la cour d’appel de Paris a décidé de ne pas remettre Gino à la Hongrie, estimant qu’il n’existait pas de garanties suffisantes pour un procès équitable et évoquant la possibilité d’éventuelles violations de la Convention européenne des droits de l’Homme. La cour faisait également part de ses réserves concernant les conditions de détention dans les prisons hongroises.
Mais aussitôt après ce refus, par une coïncidence extraordinaire, l’Allemagne a émis son propre mandat d’arrêt européen, indiquant ainsi clairement sa collaboration avec la Hongrie. La cour d’appel de Paris a brusquement décidé, contrairement à sa précédente décision de 2025, que Gino devait être remis à l’Allemagne. Ce changement de cap a de quoi surprendre. Les avocats de Gino se sont alors pourvus en Cassation ; la décision sera rendue le 30 septembre.
« Pour la police d’Orbán, les néonazis sont des citoyens ordinaires, et nous, des terroristes » : la lettre de Gino Abazaj, antifasciste menacé d’extradition vers la Hongrie
Or, si c’est désormais la justice allemande qui le réclame, l’enquête a été effectuée par la police de Viktor Orban. La cour d’appel de Paris a beau affirmer que « la procédure d’enquête hongroise n’a ni été transmise par les autorités hongroises ni effectuée par les autorités allemandes », on peine à comprendre, à travers cette prose artificieuse, qui pourrait alors avoir mené l’enquête !
La cour d’appel évoque des « décisions d’enquête européenne ». Cette terminologie ne doit cependant pas nous tromper, une décision d’enquête européenne n’est rien d’autre qu’une décision prise par la justice d’un pays (en l’occurrence l’Allemagne) qui demande à la police d’un autre pays (en l’occurrence la Hongrie) d’effectuer des actes d’enquête. La vie des gens ne peut pas être mise à la merci des mots.
Le mandat d’arrêt européen ne saurait être une procédure automatique, ignorant les réalités politiques. Tandis que partout l’extrême droite prospère, si l’on veut protéger les libertés publiques et les droits fondamentaux, il faut que le juge n’abdique pas son contrôle….
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