Biodiversité : la taille moyenne des populations d’animaux sauvages a baissé de 73 %, alerte WWF
Por Jessica Stephan — L'Humanité
Dans son rapport Planète Vivante, l’ONG confirme la poursuite du déclin de la biodiversité. Si certaines espèces ont bénéficié de mesures de conservation et se portent mieux, d’autres voient leur population se réduire.
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Publié le 11 octobre 2026
Publié le 11 octobre 2026
Jessica Stephan
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© Neil Aldridge/ iStockphoto via Getty
La taille moyenne des populations d’animaux sauvages dans le monde a diminué de 73,2 % entre 1970 et 2022, soit une baisse annuelle de 2,5 %, révèle le WWF dans son rapport Planète vivante, paru le 8 octobre. Publié tous les deux ans depuis 1998, ce rapport dresse un état des lieux de la biodiversité mondiale. Le travail du WWF s’appuie sur l’Indice planète vivante (IPV), qui mesure l’évolution de 5 790 espèces de vertébrés sauvages suivis durant au moins deux ans.
« Ce chiffre est sombre, dramatique, on parle de quasiment trois quarts d’effondrement, c’est vertigineux. Mais il y a ce message d’espoir (…), une vraie conservation dans le temps, efficace, effective, cela apporte des résultats, on peut réussir à inverser cette courbe de déclin et à la réparer », a déclaré Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, lors de la présentation du rapport.
Une confirmation du déclin de la biodiversité
Une proportion relativement similaire à celle de la précédente édition, en 2024 (72,9 %), mais qui s’avère selon l’ONG plus représentative, 295 nouvelles espèces et 967 populations supplémentaires ayant été prises en compte cette année. Le WWF pointe des baisses « corroborées par d’autres indicateurs et souligne la nécessité d’une action urgente ».
Ainsi, la dernière édition de la liste rouge mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’inventaire mondial de l’état de conservation global des espèces végétales et animales, montre que sur les 175 909 espèces étudiées, 49 505 sont classées menacées. Des évaluations qui confirment l’important déclin de la biodiversité. Parmi ses principales causes, le WWF retient la dégradation ou la perte d’habitat à hauteur de 30 %, la surexploitation par la pêche, la chasse ou le braconnage (23 %), le changement climatique (14 %), les espèces invasives, les pollutions et les maladies (33 %).
La moyenne de 73,2 % cache cependant d’importantes disparités : « Environ la moitié des populations étudiées sont stables ou en augmentation ; toutefois, ces gains sont contrebalancés par l’ampleur plus importante des pertes observées ailleurs lors du calcul d’une moyenne mondiale », indique le rapport.
La population d’eau douce connaît le déclin le plus rapide
Ainsi, par exemple de certaines espèces de tortues. Si la tortue verte est passée de « en danger » à « préoccupation mineure », en raison d’efforts de conservation, la tortue luth, elle, s’effondre de 98 % en Guyane, passant de 400 pontes par nuit il y a une trentaine d’années à 400 pontes par an désormais. En cause, les filets de la pêche illégale.
D’autres nouvelles sont plus encourageantes. Ainsi du retour du Gypaète barbu, avec désormais une trentaine de couples dans les Alpes françaises. L’oiseau avait disparu du territoire dans les années 1930. Un « succès » selon le WWF, qui a participé à un programme de réintroduction avec l’UICN et la Société Zoologique de Francfort, même si l’espèce y demeure « fragile ».
Par milieux, la population marine baisse de 59 %, soit une moyenne annuelle de 1,7 %. La population terrestre, elle, diminue de 69 %, pour 2,3 % de baisse annuelle moyenne. Quant à la population d’eau douce, elle connaît le déclin le plus rapide, avec une moyenne annuelle de 3,6 % et pour une baisse de 85 %. Les disparités se retrouvent également entre les différentes zones géographiques. Les baisses les plus importantes de populations se trouvent en Amérique Latine et dans les Caraïbes (- 95 %) et en Afrique (- 80 %).
La présidence d’Emmanuel Macron, une « opportunité manquée »
Face à ce déclin massif, le WWF avance des propositions. « Il faut plus et mieux de conservation, toujours plus. Mais la conservation à elle seule ne suffit pas », indique Véronique Andrieux. L’ONG recommande aussi de transformer l’agriculture, la finance et l’énergie, trois secteurs particulièrement impactant pour l’environnement. « Sans adresser les causes structurelles de perte de biodiversité, on n’y arrivera pas », prévient la directrice de l’ONG.
D’autant qu’actuellement, 6 300 milliards d’euros à l’échelle mondiale financent chaque année la destruction de la nature, contre seulement 190 milliards pour sa protection ou sa restauration, pointe le rapport. Soit, pour chaque euro dépensé dans la réparation de la nature, 33 euros qui en financent la destruction. En France, la proportion est de 1 pour 10. Mais la présidence d’Emmanuel Macron s’apparente à une « opportunité manquée » pour Véronique Andrieux, une décennie « caractérisée par du stop and go, des reculs et un détricotage réglementaire très important ».
Le WWF rappelle aussi que la biodiversité, loin d’être un sujet anecdotique, est « le socle de notre alimentation, de notre eau, de notre santé, de notre climat, de nos économies, de nos sociétés », et qu’environ 50 % du PIB mondial dépend de la nature, soit environ 58 000 milliards de dollars.
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