« Javier Milei est l’un des pires fossoyeurs du journalisme » : Reporters sans frontières manifeste contre sa visite à Paris
Por Caroline Constant — L'Humanité
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Avec ses saillies quotidiennes contre les journalistes sur les réseaux sociaux, ses coupes dans les subventions aux médias publics et privés, Javier Milei fait régner un climat de terreur dans son pays. À l’occasion de sa venue en France, Reporters sans Frontières manifeste à Paris.
Javier Milei déteste les journalistes ; il le répète à l’envi. Depuis son élection, les conditions d’exercice de la profession se sont tant dégradées dans le pays que l’Argentine a reculé de cinquante-huit places dans le classement sur la liberté de la presse réalisé par l’association Reporters sans Frontières (RSF).
Alors que le président argentin est en visite à Paris, RSF a donc décidé de lui réserver un comité d’accueil bien particulier, ce mercredi 30 septembre : des membres de l’association, vêtus de capes rouges, ont entamé une déambulation dans Paris pour dénoncer ses exactions contre les journalistes.
Parallèlement à cette action, RSF a posté sur son site une enquête fournie sur le sujet ; l’association révèle ainsi que Javier Milei publie au moins 35 tweets haineux contre les médias par jour, soit « 1 674 tweets de haine (…) en 47 jours, retweets compris. Autant qu’Elon Musk en un an ».
Pour Thibaut Bruttin, président de RSF, « Milei est un prédateur de la liberté de la presse ». Sur le camion de RSF, à côté d’une photo du président argentin, tronçonneuse à la main, on peut lire quelques-unes de ses sorties : « journalistes de merde, et après ils se plaignent quand je leur dis que ce sont des merdes humaines qui passent leur temps à mentir », « des journalistes ignorants et imbéciles veulent vous faire croire que faire du populisme, c’est faire preuve d’empathie » ou encore « ordures répugnantes ».
Le camion doit circuler toute la matinée dans des lieux emblématiques de Paris. « Ne soyons pas dupes, prévient Thibaut Bruttin, cette personne est l’un des pires fossoyeurs du journalisme. Il fait malheureusement des émules ; soyons prudents. »
Javier Milei est quelqu’un « qui amplifie les méthodes de Donald Trump, qui essaie de faire croire que les journalistes font partie d’une sorte de bloc élitaire, qu’ils sont partie intégrante d’un appareil politique qui serait contre lui ». Le président de RSF met en garde : « Quel que soit le contenu des discussions qui auront lieu à l’Élysée autour de Javier Milei, il est important qu’on ne mette pas les droits humains et les libertés publiques sous le tapis, tout particulièrement la liberté de la presse. »
En marge de la conférence de presse, Thibaut Bruttin le répète : « On me dit souvent que Trump et Milei sont des clowns. Ce ne sont pas des clowns, il y a un vrai impact dans la vie des journalistes, mais aussi dans l’esprit public. Quand toute la journée, on vous dit que les journalistes sont des menteurs, qu’ils sont les prostitués des politiciens, des tueurs à gage avec des cartes de presse, ça finit par imprimer » dans la société.
La politique de Milei a aussi des répercussions concrètes sur la vie démocratique. « La presse argentine a traversé, cette dernière décennie, un moment difficile, avec beaucoup de fermetures de titres, une contraction du nombre de journalistes, continue Thibaut Bruttin. Javier Milei a prospéré là-dessus, et a même accentué cette ligne. Il a réduit drastiquement les effectifs des médias publics argentins, il a purement et simplement supprimé l’agence Télam, qui était une agence respectée en Amérique latine, qui publiait près de 700 dépêches par jour. »
Le directeur général de RSF note aussi « l’usage que Milei fait des publicités d’État, qui ont longtemps été un moyen de soutenir la presse, de faire connaître des messages publics aux citoyens. Il en a supprimé un grand nombre et, surtout, il favorise certains titres au détriment d’autres dans leur distribution. »
Le 2 novembre prochain, RSF publiera une nouvelle version de sa liste des « prédateurs de la liberté de la presse ». Nul ne doute que Javier Milei y figurera en très bonne place.
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Tel était « Notre but », comme l’écrivait Jean Jaurès dans le premier éditorial de l’Humanité, le 18 avril 1904. 122 ans plus tard, il n’a pas changé.
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Fonte: L'Humanité