« De Barbe bleue à Epstein, il y avait une histoire de l’époux monstrueux à écrire » : Jennifer Tamas met en lumière les violences du mariage
Por Kareen Janselme — L'Humanité
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Dans un essai passionnant sur la persistance du conte de Barbe bleue dans nos imaginaires, l’universitaire Jennifer Tamas met en lumière les violences du mariage comme institution patriarcale, faisant de la littérature un pont entre les mythes et le vécu des femmes.
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Dans le conte de Perrault, Barbe bleue tue une à une ses épouses, collectionnant leurs corps sanglants dans son cabinet secret. Mais la littérature n’est pas un document, estime Jennifer Tamas. Derrière l’histoire racontée, il y a des silences, des sens cachés, une époque à décrypter.
Les autrices se sont aussi emparées de cette figure monstrueuse, l’investissant différemment, jusqu’à aujourd’hui. Après Au non des femmes (Seuil, 2023), l’essayiste interroge ce mythe persistant et ce qu’il continue de révéler de notre société.
Vous vous intéressez depuis longtemps aux contes de fées. Pourquoi vous êtes-vous concentrée sur l’histoire de Barbe bleue dans votre livre ?
Jennifer Tamas
Essayiste
Au XVIIe siècle, on connaît Barbe bleue sous la plume de Perrault, mais l’époux monstrueux est une figure sans arrêt convoquée par toutes les femmes qui écrivent à cette époque : il peut avoir une barbe bleue, ou être un roi porc, un prince marcassin etc. Cette récurrence m’intéresse. Est-ce un hasard ou le signe d’une crise du mariage, un changement dans la société ? Je travaillais sur la curiosité des femmes et la figure d’Ève, Psyché, Pandore.
Après j’ai ouvert Barbe bleue. C’était l’automne 2024, et l’affaire Pelicot a éclaté. J’ai été frappée par les personnes surprises que de tels sévices puissent se passer derrière la porte des maisons, entre couples mariés depuis cinquante ans. CNN a ensuite révélé qu’aux États-Unis des gens s’échangeaient des conseils pour sédater leurs femmes, les prendre en photo et les monnayer.
Je me suis dit qu’il y avait vraiment une histoire de l’époux monstrueux à écrire. Mais d’où ça venait ? Dans la littérature du XVIIe, la question du mariage est au centre : dans les comédies de Molière montrant les pères tentant de marier leur fille contre leur gré, dans les tragédies de Racine, dans les romans comme La princesse de Clèves… Et si on prenait au sérieux les contes de fées ? Si…
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Fonte: L'Humanité