« La dette est l’arme du capital pour imposer sa volonté » : comment financer les services publics et la transition écologique ?
Por Hélène May — L'Humanité
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Taxer les plus riches, recréer un système de financement public, réguler le versement des dividendes, s’accorder sur ce qui doit rester dans le domaine commun : Anne-Laure Delatte, Lucas Chancel, Denis Durand, Lucie Pinson et Éric Coquerel débattent des moyens de sauver notre modèle social et de préparer l’avenir.
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Avec Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS, Lucas Chancel, codirecteur au Laboratoire sur les inégalités mondiales, et Denis Durand, membre de la commission économique du Parti communiste, ainsi que Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, et Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale.
Faut-il avoir peur de la dette ?
Anne-Laure Delatte On est dans une situation budgétaire compliquée, puisque la France emprunte « plus cher ». Ça n’est pas une énorme crise financière, mais ça veut quand même dire qu’on a perdu la confiance de certains investisseurs. Nous en sommes là, non pas parce qu’il y a eu trop de dépenses sociales, mais parce qu’Emmanuel Macron a prolongé la politique de l’offre, qui consiste à baisser les prélèvements obligatoires des entreprises. Cela génère ce paradoxe français : on paye beaucoup d’impôts mais il y a un déficit croissant et des services publics qui se dégradent.
La raison de ce paradoxe, c’est un transfert massif des ressources des ménages vers les entreprises. Aujourd’hui, c’est nous qui payons une grande partie des cotisations sociales patronales via des crédits d’impôt, des subventions et des exonérations de cotisations sociales. Une partie de nos impôts n’est plus dédiée à l’éducation et à l’hôpital, mais à aider les entreprises et en particulier les très grandes. C’est une rupture non dite du contrat social.
Éric Coquerel La question de la dette sert surtout à imposer un système néolibéral de privatisations, de baisse des services publics, d’attaques contre la Sécurité sociale et les retraites. Ceci dit, il est vrai que les taux d’intérêt montent, à tel point qu’il peut devenir difficile, même pour un pays comme la France, de faire face à la charge de la dette. Pour autant, on ne peut pas arrêter d’emprunter, parce que nous devons faire des investissements très lourds.
La vraie question de la dette, c’est à quoi elle sert et qui la détient. Le problème c’est que, depuis Emmanuel Macron, elle sert pour moitié à financer les cadeaux fiscaux aux ultra-riches, alors qu’elle doit servir aux investissements…
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Fonte: L'Humanité