« Le monde est devenu complètement fou » : avec « Minotaure », Andreï Zviaguintsev dépeint une Russie corrompue par la guerre

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Por Samuel Gleyze-Esteban,Vadim Kamenka — L'Humanité

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Figure du septième art russe dissident exilé en France, Andreï Zviaguintsev livre, dans « Minotaure », la critique crue d’une Russie corrompue, qui jette sans vergogne ses enfants dans la gueule de la bête militaire.

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Quelques mots en français jaillissent de la bouche d’Andreï Zviaguintsev, cinéaste russe en exil, lorsqu’on le rencontre dans un hôtel parisien, fin septembre. « Liberté », pour décrire celle que prend Minotaure vis-à-vis de l’intrigue de crime et d’adultère de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, afin de la projeter dans une ville de province de Russie au lendemain du déclenchement de l’invasion à grande échelle en Ukraine. « Humanité », qu’il nous lance en clin d’œil pour résumer ce qu’il s’intéresse à décrire dans son cinéma, même à l’intérieur d’une société corrompue par la guerre.

Grand Prix à Cannes, élu représentant de la France aux Oscars en tant que production majoritairement française, Minotaure est un film glacial mais généreux du point de vue du cinéma. Le cinéaste de 62 ans, répudié publiquement par le Kremlin, y livre une critique crue et amère d’une Russie où la bourgeoisie se lave de ses crimes sur le dos d’une jeunesse envoyée au front comme de la chair à canon.

Dans votre film, Gleb, PDG d’une grande entreprise, doit livrer 14 de ses employés à l’armée. Dans la mythologie grecque, Égée livre sept garçons et sept filles au Minotaure, qui se nourrit de leur chair. Mais le Minotaure, tributaire de la dette de Minos à Poséidon,…

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