«L’esprit critique» cinéma: retour sur la série «Camarades»
Por Joseph Confavreux — Mediapart
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L’esprit critique
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Le podcast culturel de « Mediapart » revient sur la série « Camarades » diffusée par Arte et la société du spectacle états-unienne à travers deux longs métrages, « Digger », d’Alejandro González Iñárritu, et « Primetime », de Lance Oppenheim.
11 octobre 2026 à 12h44
Une série produite par Arte qui veut faire revivre ce qu’a été l’université expérimentale de Vincennes dans l’après Mai-68 ; un film à gros budget en forme de farce et de fable écologique dont le personnage principal est un Tom Cruise à contre-emploi métamorphosé en vieillard avide ; et un premier long métrage de fiction revenant sur une émission emblématique de la téléréalité poussée à bout dans ses logiques voyeuristes.
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » les huit épisodes de la série Camarades diffusée par Arte, le blockbuster mal en point Digger signé Alejandro González Iñárritu et le premier long métrage de fiction de Lance Oppenheim, Primetime.
À propos de la minisérie Camarades, diffusée en cette rentrée par la chaîne franco-allemande Arte, le journal Le Monde décrit « la résurrection de l’université de Vincennes dans toute son anarchique splendeur ». L’hebdomadaire Télérama y voit, lui, « une série pop et irrésistible sur l’utopie contestataire de l’université de Vincennes ». Ô surprise, Le Monde et Télérama sont également partenaires de la diffusion de cette série.
Ces renvois d’ascenseur récurrents entre la chaîne franco-allemande et le groupe Le Monde suffisent-ils cependant à disqualifier cette série, jugée folklorique, dépolitisante, voire macroniste, comme on a pu le lire ici ou là ?
À force de vouloir tenir ensemble l’horizon de la déconstruction et la nécessité d’une forme de linéarité, de chercher à mêler histoires d’amour, intrigues policières, citations philosophiques et moments politiques, la série Camarades verse-t-elle dans le gloubi-boulga ou rend-elle compte adéquatement d’une réalité chaotique ?
Les huit épisodes, signés des réalisateurs Benjamin Charbit et Dominique Baumard, se situent pendant l’année 1969, quelques mois après l’ouverture du centre universitaire de Vincennes. Merloux, nouvellement élu président de la faculté, tente de répondre autant aux demandes ministérielles qu’à celles des innombrables groupes gauchistes présents sur le campus, tandis que Claudine, prostituée qui travaille dans les allées du bois de Vincennes, est chargée par Jacques, son amant policier, d’infiltrer la nouvelle institution.
Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu, réalisateur notamment de Birdman ou The Revenant, signe un nouveau film intitulé Digger, terme forgé sur le verbe anglais to dig, « creuser » ou « excaver ». Et il se trouve qu’il s’agit du prénom de Digger Rockwell, magnat du pétrole incarné par un Tom Cruise à contre-emploi, puisqu’il est ici méconnaissable en vieillard bedonnant, surtout intéressé par sa chatte moribonde, et qu’il détruit le monde au lieu de le sauver comme à l’accoutumée.
Le film commence lorsqu’un énième forage de la compagnie Rockwell provoque, au pôle Nord, le décrochage d’une gigantesque plaque de glace qui menace de submerger l’Europe. Une cellule de crise est constituée, avec le président des États-Unis à sa tête et Digger Rockwell en vis-à-vis, hésitant à atomiser le glacier ou à demander à l’Europe de prendre ses responsabilités.
Fable sur les effets délétères des énergies fossiles et le cynisme trumpien, ce film, qui sera l’une des dernières grandes productions de la Warner avant son absorption par Paramount, société elle-même affiliée au trumpisme, est pour l’instant un échec critique et commercial quasiment inégalé dans l’histoire de la société hollywoodienne et dans la carrière de la star de Mission impossible.
Le tout jeune réalisateur états-unien Lance Oppenheim, venu du documentaire, signe avec Primetime son premier long métrage de fiction, récemment acclamé à la Mostra de Venise et sorti récemment sur nos écrans en France.
Robert Pattinson y incarne Chris Hansen, un présentateur de la télévision américaine qui avait mis au point une émission de téléréalité diffusée sur la chaîne NBC entre 2004 et 2007 et intitulée « To Catch a Predator ».
Le principe était de piéger en ligne des prédateurs sexuels en leur donnant rendez-vous dans une maison bardée de caméras. L’homme tombait non sur un·e mineur·e mais sur Chris Hansen, qui lui faisait la morale en relisant la conversation qu’il avait eue sous pseudonyme.
Au terme de cette confrontation, la police arrêtait le suspect de façon spectaculaire en le plaquant au sol, voire en envoyant parfois des décharges avec un pistolet à impulsion électrique. L’émission avait finalement été arrêtée après qu’un homme traqué par les caméras avait fini par se suicider en se tirant une balle dans la tête.
Avec :
« L’esprit critique » est enregistré et réalisé comme chaque semaine par les équipes de Gong et, en l’occurrence, par Étienne Bottini.
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Fonte: Mediapart