Cicatrices invisibles : poème d’une mère palestinienne

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Por Tribunes — L'Humanité

Par Nariman Hijazi, mère palestinienne parvenue à quitter Gaza pour mettre ses enfants à l’abri depuis le 7 octobre 2023.

Publié le 7 octobre 2026

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Publié le 7 octobre 2026

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Aujourd’hui je me trouve seule face à mes émotions, perdue dans mon chagrin.

J’essaye de faire taire les cris de peur qui résonnent au fond de moi, mais certaines douleurs refusent de se taire.

Elles reviennent sans prévenir, au détour d’un souvenir, d’une odeur, d’une image, d’un silence, d’une date…

La date qui a tout changé

Depuis, je revis la douleur

Je revis la souffrance

Je revis ces jours sombres, si sombres que je n’arrive toujours pas à voir la fin du chemin.

Mon cœur est lourd.

Dans ma tête, les pensées se bousculent, se battent, se contredisent.

Je n’arrive pas à tourner la page.

Je n’arrive pas à accepter que le passé soit devenu un souvenir, alors que le présent est fait de nuits interminables, de larmes qui ne cessent de couler et d’une blessure qui saigne encore.

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Ahmad Ashour est actuellement chercheur à l’université de Tours (Indre-et-Loire). Ses travaux portent sur la littérature jeunesse, la circulation des œuvres et la censure. Il prépare également un travail sur la pensée de Paul Ricœur et les mémoires blessées.

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Il y a des jours où ma peine est plus forte que moi,

Des jours où je n’ai pas le courage de regarder en face tout ce que j’ai perdu.

Je n’arrive pas à ne pas paniquer à chaque fois que je vois les scènes déchirantes de ma patrie.

Je n’arrive pas à guérir.

Et peut-être que le plus douloureux, c’est que je ne sais même plus ce que signifie guérir.

Ma vie me manque.

Et Gaza me manque

Elle me manque d’une manière que les mots peinent à traduire

Cette fille pleine d’énergie, de rêves et de positivité me manque.

Parfois, je me demande où elle est passée.

Est-elle encore quelque part en moi ?

Ou est-elle restée à Gaza, quelque part avant la guerre ?

Dans le miroir, je ne reconnais plus mon reflet

Je n’y vois que l’ombre de la guerre, les traces des bombes, les déformations invisibles qu’elles ont laissées sur moi.

Tout a changé

Les couleurs ont disparu.

Le gris est devenu omniprésent.

Et pourtant, dans ce même miroir, je vois aussi des cicatrices.

Des cicatrices qui racontent une histoire. Une histoire d’injustice, de perte, de résistance et d’attachement.

Dans ma mémoire, Gaza ne meurt jamais

Dans ma mémoire, je la vois.

Je la sens

Je l’entends

Dans ma mémoire, je vis une Gaza qui souffre, une Gaza qui gémit, une Gaza qui cherche encore à respirer sous les ruines.

Quand je parle de Gaza, je me sens si proche d’elle, malgré la distance, malgré l’éloignement.

Ou plutôt, je suis autant proche que je parle toujours d’elle.

L’émotion est la même

L’amour est le même

Mais surtout, la nostalgie est devenue presque insupportable.

Je découvre que l’on peut être loin d’un endroit et y vivre chaque jour.

Je vois les déplacés dans les visages des gens dans le métro.

Je vois les notifications d’évacuations lancées par les avions militaires dans le vol des oiseaux migrateurs.

Je vois les ruines dans les bâtiments encore en construction

Je vois la peur dans des scènes auxquelles personne d’autre ne prête attention.

Tout me ramène à Gaza

Même ici, loin d’elle, mon regard la cherche partout.

Et parfois, je me demande : est-ce moi qui regarde le monde à travers Gaza, ou est-ce Gaza qui continue de regarder le monde à travers moi ?

J’ai quitté Gaza mais elle ne m’a jamais quittée.

Elle est dans mes souvenirs

Dans mes silences

Dans mes nuits

Dans mes larmes

Dans mes peurs

Dans cette nostalgie qui me serre le cœur

Elle est dans la femme que je suis devenue

Et pourtant, malgré tout ce que la guerre a pris, je me révolte et refuse de lui laisser voler mon avenir.

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Je veux croire qu’un jour, les nuits seront moins longues.

Que les larmes finiront par sécher.

Que les couleurs reviendront.

Je veux croire qu’un jour, je pourrais retourner là où tout a commencé.

Pas seulement pour revoir les rues, les maisons et les visages qui me sont chers. Mais pour poser à nouveau mes pieds sur cette terre.

La terre de Palestine

Et l’embrasser.

Comme on retrouve une partie de soi que l’on croyait perdue.

Et peut-être que c’est cela, finalement, le plus difficile à accepter :

Je peux apprendre à vivre loin de Gaza, mais je ne pourrai jamais apprendre à vivre sans elle.

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Fonte: L'Humanité

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