« Dans l’histoire de la gauche, les idées n’ont été agissantes que portées par des organisations » : comment gagner la bataille culturelle ?
Por Diego Chauvet — L'Humanité
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La bataille culturelle peut-elle se gagner sans organisations capables de porter les idées de gauche dans la société ? Frédérique Matonti, Jean Quétier et Rémi Lefebvre débattent des formes à reconstruire pour renouer avec les classes populaires et peser à nouveau dans le débat public.
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La droite et l’extrême droite imposent leurs mots, leurs obsessions et leurs cadrages jusque dans le débat public. Face à cette offensive, la gauche doit à la fois produire des idées et reconstruire les organisations capables de les porter, de les diffuser et de les ancrer dans les classes populaires.
Frédérique Matonti, politologue, membre du conseil scientifique de la Fondation Gabriel-Péri, Jean Quétier, agrégé et docteur en philosophie, et Rémi Lefebvre, politologue, professeur à l’université de Lille, confrontent leurs analyses sur la bataille culturelle, la crise des partis et les formes nouvelles de politisation à inventer.
Que recouvre exactement le terme de « bataille culturelle », souvent utilisé en politique ?
Frédérique Matonti
Politologue
Je la comprends comme la bataille des idées ou, plus classiquement, comme la bataille pour l’hégémonie culturelle. La concentration des médias et de l’édition impose des thématiques auxquelles la gauche a peu de moyens de répondre. Il suffit de penser au « wokisme », devenu une insulte, ou à l’université supposément « wokiste », pour voir à quel point elle est loin derrière ses lignes de défense.
J’ai relu le programme du NFP sur la culture : il est très bien, mais ces thématiques sont peu portées. La reconstruction d’un maillage culturel, notamment dans les régions déshéritées, est pourtant essentielle. On oppose souvent culture et classes populaires, alors que l’enjeu a longtemps été de les articuler. Le Parti communiste a beaucoup porté cette démocratisation.
Jean Quétier
Professeur de philosophie à l’université de Strasbourg
Je voudrais insister sur l’ambiguïté du terme. J’en comprends l’utilité, mais son usage est parfois très idéaliste : on réduit la bataille culturelle au contrôle et à la diffusion des idées, avec une focalisation sur les médias et l’édition, sans toujours se demander comment ces idées produisent réellement des effets.
Il suffirait alors de diffuser les « bonnes idées » pour qu’elles prennent, notamment dans les milieux populaires. C’est une conception assez pauvre de l’hégémonie, qui ne correspond pas vraiment à celle de Gramsci. Il faut une vision plus matérialiste de…
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Fonte: L'Humanité