L’autosatisfaction des revendications, un faux procès fait aux grévistes
Por Savine Bernard — L'Humanité
L’autosatisfaction des revendications, un faux procès fait aux grévistes
Par Savine Bernard
Publié le 29 septembre 2026
3min
Publié le 29 septembre 2026
Écouter cet article
–
réservé aux abonné·e·s

L’exercice du droit de grève résulte d’un arrêt collectif et concerté du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles préalablement portées à la connaissance de l’employeur. Ce caractère professionnel est largement admis et peut concerner des droits individuels ou collectifs des salariés. En revanche, la grève devient illicite quand, dans ses modalités, elle permet aux salariés d’exécuter leur travail dans les conditions qu’ils revendiquent, grève alors qualifiée d’autosatisfaction.
Ainsi ne constitue pas une grève l’absence pendant trois samedis consécutifs 1 de salariés dont la revendication est de ne plus travailler le samedi. Si la grève est accompagnée de revendications complémentaires, elle est licite : il en est ainsi d’une grève le week-end dont l’objet ne porte pas uniquement sur le roulement des week-ends de service mais également sur le respect de la sectorisation et l’horaire de la fin de service 2 .
La CGT de Fleury Michon, sur le site de Vendée, a appelé à la grève les week-ends à compter du 30 mai 2023 avec comme revendication notamment les salaires et le nombre de samedis travaillés. Considérant que la réponse de la direction se résumait à « tais-toi et bosse », elle renouvelait cet appel à la grève en septembre 2023 et octobre 2023, précisant qu’il s’agissait d’un appel à durée illimitée.
Sur le même thème

Grève du 29 septembre : avant de quitter l’Élysée, Emmanuel Macron laisse les services publics délabrés
Prenant prétexte d’un dernier tract de la CGT en février 2024 qui n’aurait mentionné que le travail du samedi comme revendication, la direction allait sanctionner par un avertissement sept salariés grévistes, les accusant ainsi de s’autosatisfaire.
Le conseil des prud’hommes de La Roche-sur-Yon (Vendée), par jugement du 17 juillet 2026, a annulé les avertissements. Après avoir repris l’historique des tracts et constaté que l’employeur ne pouvait ignorer l’ensemble des revendications, il constate dans une formule lapidaire et efficace que, même si le salarié a fait grève le samedi, cette grève ne peut l’autosatisfaire : « Faute de possibilité pour chaque salarié d’augmenter par lui-même son salaire, on comprend mal en quoi le demandeur, en ne venant pas travailler un samedi ou même deux, aurait autosatisfait ses revendications. » Autrement dit, faire grève ne permet pas d’autosatisfaire une augmentation de salaire. La grève étant légale, l’avertissement est illicite.
Le conseil rappelle également que ce n’est pas à l’employeur de juger quand les revendications des salariés ont été satisfaites. Le syndicat est en droit de continuer à appeler à la grève même si l’employeur a consenti à des améliorations financières y compris pour le travail le samedi ou le nombre de samedis travaillés.
La grève appartient aux travailleurs. Ce n’est pas à l’employeur de juger quand elle s’arrête.
- Cassation sociale, 23 novembre 1978, n° 77-40.946. ↩︎
- Cassation sociale, 25 juin 1991, n° 89-40029. ↩︎
Le journal des intelligences libres
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Tel était « Notre but », comme l’écrivait Jean Jaurès dans le premier éditorial de l’Humanité, le 18 avril 1904. 122 ans plus tard, il n’a pas changé.
Grâce à vous. Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !
Lisez la suite de cet article
et débloquez tous les contenus
Les mots-clés associés à cet article
Chronique juridique
droit de grève
Accueil
En débat
Chronique juridique
L’autosatisfaction des revendications, un faux procès fait aux grévistes
Fonte: L'Humanité